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Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

22 avril 2017

[Paul Badde / abbé Schmidberger - CNA Deutsch] "le nombre des objections est faible" - Ce qui manque encore à la FSSPX pour se réconcilier avec Rome

SOURCE - Paul Badde - CNA Deutsch - traduction par Riposte-Catholique de l’original allemand - 17 avril 2017

Après la confession, voici depuis peu le mariage: Les couples catholiques peuvent maintenant se marier dans des cérémonies de la Fraternité Saint Pie X (FSSPX). Les spéculations des médias selon qui la FSSPX sera bientôt élevée au statut de prélature personnelle sont-elles justifiées? Du point de vue de la FSSPX, qu’est-ce qui bloque encore une réconciliation? Et que vaut dans la rumeur qui veut que le pape François l’annoncera à Fatima? Réponses de l’abbé Franz Schmidberger, recteur du séminaire «Cœur de Jésus» et ancien Supérieur du District d’Allemagne et d’Autriche de la Fraternité.
PAUL BADDE: Père Schmidberger, j’ai entendu que le séminaire de l’archidiocèse de Munich et Freising n’a eu qu’une seule entrée cette année. Quelle est votre situation au le séminaire «Sacré-Cœur» de la FSSPX?
SCHMIDBERGER: Notre séminaire compte à l’heure actuelle 31 séminaristes, dont l’un est passe une année pastorale dans un prieuré aux États-Unis. Une bonne moitié d’entre eux vient de régions de langue allemande, l’autre moitié principalement des pays de l’Est: de Pologne, de République Tchèque, de Lituanie, de Russie et de Hongrie. À l’automne 2016, nous avons eu neuf entrées, dont quatre Allemands. Par conséquent, nous prévoyons de nous agrandir. Bien sûr, il y a toujours une départ ou deux, et on ne peut pas s’attendre qu’il en aille différemment dans un organisme vivant. Au fond, le renouveau de l’Eglise ne dépend pas de la quantité, mais de la formation d’un clergé compétent, pieux et zélé. Et dans ce sens, nos jeunes, une fois ordonnés prêtres, consolideront et renforceront considérablement notre position dans les pays de langue allemande et dans les pays de l’Est. La formation dans notre séminaire pourrait aussi être un exemple pour d’autres séminaires. Pour en être convaincu, il vous suffit de regarder le film que nous avons fait sur notre séminaire.
BADDE: Comment expliquez-vous cette différence et qu’est-ce que ça signifie pour l’avenir de l’Eglise en Allemagne?
SCHMIDBERGER: En Allemagne «l’Église conciliaire» est un modèle qui touche à sa fin. Parler de banqueroute spirituelle n’est pas une exagération. On peut dire à chaque jeune homme qui est appelé à la prêtrise: «Laisse les morts enterrer les morts, mais toi prêche l’Evangile et de travailler à la vie des âmes et pour le renouveau de l’Église dans Sa tête et Ses membres.»
BADDE: On entend dire, encore et encore qu’une pleine réconciliation de la Fraternité avec Rome serait imminente. Il ne manquerait plus que les signatures finales, à part cela tout serait prêt. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet?
SCHMIDBERGER: En ce qui concerne la structure future de la Fraternité Saint-Pie X, dans le cadre d’une reconnaissance de Rome, c’est vrai que l’essentiel est réglé. Mais il faudra encore discuter d’une déclaration doctrinale, en particulier en ce qui concerne le Concile de Vatican II. La date d’un règlement définitif relève bien sûr principalement de la Divine Providence, qui guide et dirige tout. Il faut juste beaucoup de patience, mais aussi la ferme forte de travailler avec énergie à cette fin, pour le bien de toute l’Eglise.
BADDE: La dernière fois que nous nous sommes entretenus -en février 2012- vous avez laissé entendre que «le temps travaillait pour vous» malgré votre hésitation devant Benoît XVI, qui était allé dans votre direction plus qu’aucun pape auparavant. Un an après notre conversation, Benoît XVI a abdiqué, que vous aviez plongé dans la pire crise de son pontificat, avec votre Mgr Williamson. A l’époque, comment avez-vous réagi à la nouvelle de sa démission et quelle effet a-t-elle eu dans la Fraternité?
SCHMIDBERGER: Nous avons tous souffert des déclarations inacceptables faites par Mgr Williamson. Bien sûr, nous avons vu très bien comment les ennemis de l’Église les ont utilisées pour atteindre le pape, comme lui-même le dit aussi dans sa lettre aux évêques. Nous avons regretté sa démission, d’autant qu’il avait rendu un grand service à l’Église avec Summorum Pontificum, et qu’il avait franchi une nouvelle étape vers la normalisation en 2009, par le retrait du décret d’excommunication.
BADDE: Néanmoins, le temps semble confirmer votre évaluation de l’époque – au moins pour ce qui est du rapprochement de la Fraternité avec Rome, et vice versa. Qu’est-ce que le pape François a, que le pape Benoît XVI n’avait pas?
SCHMIDBERGER: Ce n’est pas le temps qui nous donne raison, mais la grâce de Dieu qui agit dans le temps, et qui n’abandonne pas ceux qui croient, enseignent et prient comme l’Église a toujours cru, enseigné et prié. Lisez le livre qui parait bientôt, de Mgr Georg May, intitulé «Trois cents ans théologie croyante et incroyante»; vous en retirerez un bon diagnostic de la situation actuelle.

A notre grande surprise, le pape François a pour nous une bonne volonté prononcée. D’autre part, il a causé beaucoup de confusion dans l’Eglise, par le peu de cas qu’il fait de Son enseignement, ce qui prépare aussi la fin de l’idéologie du Concile. Et c’est là justement qu’on peut tomber d’accord. Étant donné que le pape va aux périphéries, il est logique qu’il n’oublie pas ceux qui ont été marginalisés pendant des années parce qu’ils étaient de fils fidèles de l’Église.
BADDE: En même temps, les documents les plus importants de ce rapprochement portent aujourd’hui la signature du cardinal Müller, qui était votre adversaire le plus farouche en Allemagne, en tant qu’archevêque de Ratisbonne. Durant toute la controverse, il semble être resté comme une constante dans vos débats. Comment interprétez-vous ce paradoxe?
SCHMIDBERGER C’est principalement le pape, et Mgr Pozzo le secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, qui s’occupent de nous, dans un véritable souci pastoral, et qui veulent mettre fin à un conflit qui dure maintenant depuis 40 ans. Nous ne pouvons que nous réjouir que le cardinal Müller s’y efforce aussi. Peut-être le cardinal a-t’il perçu la catastrophe dans l’Église, depuis qu’il est à Rome, et qu’il cherche des alliés dans la lutte contre les destructeurs.
BADDE: Il y a six ans, vous m’avez cité le discours du pape Benoît XVI du 24 septembre 2011, aux représentants du Comité Central des catholiques allemands, où il a dit: «la vraie crise de l’Eglise dans le monde occidental est une crise de la foi: Si nous n’arrivons pas à un véritable renouvellement de la foi, toute réforme structurelle demeurera inefficace…» Et vous critiquiez le fait qu’avec le Concile, ce n’est pas l’esprit de l’Église qui a pénétré le monde, mais au contraire l’esprit du monde qui s’est infiltré dans l’Église. Mais ce processus, issu d’une compréhension de l’«aggiornamento», semble exactement se réaliser sous le pape François, qui vous ouvre maintenant les portes de Rome plus largement qu’aucun de ses prédécesseurs. Expliquez nous cette contradiction.
SCHMIDBERGER: Je le redis: la confusion est grande dans l’église, peut-être plus que jamais dans son histoire. Nous vivons un véritable effondrement de la théologie, de la morale, de la discipline, de la liturgie et de la spiritualité. On peut parler sans exagération de grande apostasie. Certains mauvais conseillers offrent des solutions fausses et néfastes telles que l’ordination de viri probati ou le diaconat féminin. Certes, il ne faut pas négliger la puissance du Saint-Esprit dans l’Église, qui utilise des outils humains et veut peut-être utiliser notre Fraternité, comme le plus grand groupe religieux constitué qui veuille contrer cet effondrement avec cohérence, et qui puisse le faire dans une certaine mesure. Quoi qu’il en soit, nous avons un plan directeur pour un véritable nouvelle évangélisation.
BADDE: La Fraternité Saint-Pie X ne trouvera pas sa place dans l’«una sancta Catholica Ecclesia», sans une reconnaissance inconditionnelle des décrets du Concile d’autant qu’entre-temps les papes du Concile Jean XXIII et Paul VI ont été respectivement canonisé et béatifié, ce que la Fraternité ne peut mettre en cause avec les arguments raisonnables de la foi. Jusqu’à présent –semble-t’il- vous aviez toujours appelé à la conversion de Rome. Est-ce que maintenant ce n’est pas la Fraternité qui est convertie, et que pouvez-vous nous dire la-dessus?
SCHMIDBERGER: Mgr Lefebvre a toujours distingué trois parties dans le Concile: la plus grande part, qui concorde parfaitement avec l’enseignement précédent de l’Église, une seconde partie d’ambiguïtés qui nécessitent une parole de clarification, et enfin un nombre relativement limité de contradictions, qui ne doivent pas perdurer. C’est le cas de certaines déclarations dans le décret sur l’œcuménisme ou de la déclaration sur la liberté religieuse. Bien sûr, ça place un point d’interrogation sur la canonisation des deux papes du Concile et celle de Jean Paul II, avec le scandale de la rencontre d’Assise et la dictature du relativisme qui s’ensuit. Cette question fera partie du travail théologique qui nous attend tous, après une reconnaissance canonique de la Fraternité.
BADDE: Des rumeurs se renforcent actuellement, selon lesquelles le pape François réintégrera complètement la Fraternité, à l’occasion de son voyage à Fatima, au sein de notre Mère l’Église, et qu’il veut mettre fin à la séparation de fait. Que pensez-vous de ces rumeurs?
SCHMIDBERGER: Il s’agit sans doute surtout du vœu de ceux qui pensent cela ou le propagent.
BADDE: Ne craignez-vous pas que cela cause dans la Fraternité une tension, et une éventuelle scission, parce qu’une partie non négligeable d’entre vous ne veut pas de cette réconciliation – après s’être opposée de façon passionnée à Rome durant toutes ces années?
SCHMIDBERGER: En cas de régularisation de nos relations avec Rome, peut-être que tel ou tel de nos membres nous quitterait; mais certainement pas beaucoup. Lors de la consécration épiscopale en 1988, il y a eu 17 départs. Quoi qu’il en soit, je ne vois pas de danger de scission.

[Paix Liturgique] La messe traditionnelle à Porto Rico: le courage de quelques prêtres contre l'indifférence des évêques

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 591 - 19 avril 2017

Dans notre lettre 580, publiée le 1er février 2017, nous avons présenté, en nous appuyant sur le témoignage d’un prêtre australien ayant vécu sur l’île de 1989 à 2007, le P. Brian W. Harrison, religieux des Oblats de la Sagesse (1), le récit du retour de la messe traditionnelle à Porto Rico. Cette semaine, nous vous proposons de faire le point sur la situation liturgique dans l’île en compagnie du Président de la section locale de la Fédération internationale Una Voce (FIUV), Edgardo Juan Cruz Ramos.
I – NOTRE ENTRETIEN AVEC LE PRÉSIDENT D’UNA VOCE PUERTO RICO
Paix Liturgique : Edgardo Juan Cruz Ramos, quand avez-vous initié Una Voce à Porto Rico?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Mes contacts avec la Fédération internationale Una Voce ont commencé fin 2009. Ma découverte de la messe traditionnelle est toutefois bien antérieure à ma rencontre avec Una Voce puisqu’elle s’est faite à travers mon appartenance à la Militia Templi, l’Ordre des pauvres Chevaliers du Christ, association privée de fidèles fondée en 1979 dans l’archevêché de Sienne en Italie. Accueilli comme novice en 2006, j’y ai prononcé mes vœux de chevalier en mai 2009, or l’un des objets de cette association est le respect de la liturgie : nous y récitons le bréviaire selon sa forme traditionnelle et avons la forme extraordinaire du rite romain comme forme du culte. Pour revenir à Una Voce, c’est au lendemain de mon adoubement comme chevalier que je me suis mis à chercher un moyen d’entrer en contact avec les fidèles intéressés localement par la liturgie traditionnelle mais pas forcément par la spiritualité chevaleresque. La FIUV m’est apparue la solution et je suis entré en contact avec le Président et le Secrétaire de l’époque qui m’ont indiqué la marche à suivre pour constituer une section locale. Le processus a été long mais, finalement, Una Voce Puerto Rico a été officiellement admise au sein de la FIUV en juillet 2012. Auparavant, et depuis le départ du P. Harrison en 2007, les activités liées à la messe traditionnelle se déroulaient sous l’appellation informelle « Apostolado Litúrgico Tradicional ».
Paix Liturgique : Il y a deux messes dominicales mensuelles sur l’île et une messe hebdomadaire le mercredi dans le diocèse de Mayagüez : cela signifie-t-il que vous avez plusieurs groupes de fidèles ou est-ce le même groupe qui se déplace d’un lieu à l’autre?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Jusqu’il y a peu de temps, nous avions deux messes mensuelles officielles : l’une à San Juan, la capitale, l’autre à Aguada, dans le diocèse de Mayagüez. Le retour sur l’île d’un prêtre portoricain ami de la tradition nous a permis d’augmenter le rythme des messes dominicales à San Juan. En fait, nous avons deux groupes distincts de fidèles car, en raison de la distance, aucun fidèle d’Aguada ne vient à San Juan et très peu de fidèles de San Juan se rendent à Aguada. À San Juan, nous sommes de 20 à 75 suivant les célébrations, et de 30 à 40 à Aguada. Je dois signaler qu’un de nos prêtres a commencé également depuis peu à célébrer la liturgie traditionnelle pour une communauté de Sœurs Missionnaires de la Charité et pour le personnel d’une base des Garde-Côtes des États-Unis, des développements qui nous donnent de la joie et de l'Espérance pour l'avenir.
Paix Liturgique : Quelle est la situation liturgique de votre pays ? Et quelle place y occupe le catholicisme?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Concernant la situation liturgique en général, je peux dire que le pays est dévasté. Nous rencontrons à peu près tous les abus qui se sont répandus dans le monde catholique : communion dans la main, servantes d’autel, ministres extraordinaires de l’Eucharistie se substituant parfois aux prêtres, danseurs liturgiques, spectacles de marionnettes pendant « la messe des enfants », inculturation exagérée, musique protestante à la place de la musique sacrée catholique, lecture « non sexiste » du missel, etc. D’après moi, seule une poignée de prêtres diocésains et religieux connaissent et suivent les rubriques liturgiques du Novus Ordo. Et ceux qui célèbrent la nouvelle messe de façon digne et respectueuse apprécient souvent la forme extraordinaire. Sur le plan de la religion, les gens de Porto Rico y sont encore attachés même si beaucoup n’ont guère été catéchisés par l’Église locale et si tant d’autres rejoignent les sectes protestantes. La catéchèse moderne des paroisses rend les fidèles ignorants de 2000 ans de Magistère comme des trésors liturgiques de l’Église. Je tiens à rappeler que la messe traditionnelle a complètement disparu de l’île après la réforme liturgique. Ce n’est qu’avec don Cancio (2) et le P. Harrison au tournant du millénaire que le travail de restauration de la liturgie traditionnelle, que votre serviteur et l’équipe d’Una Voce Puerto Rico poursuivent aujourd’hui, a pu débuter.
Paix Liturgique : La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) n’est pas présente sur l’île?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Non, la FSSPX n’a pas d’apostolat à Porto Rico, hélas ! J’ai connu un séminariste originaire de l’île qui étudiait au séminaire argentin de la Fraternité mais il est, depuis, retourné à la vie laïque et vit désormais aux États-Unis.
Paix Liturgique : Quel est le profil des prêtres qui célèbrent pour vous ? Sont-ils religieux ou diocésains?
Edgardo Juan Cruz Ramos : Pour accompagner notre apostolat, la Providence nous a donné des prêtres très courageux. Quelques-uns célèbrent très régulièrement la messe traditionnelle, d’autres non. Après le départ du P. Harrison en 2007, nous avons profité des visites successives qu’il nous a faites, et du cadre nouveau suscité par le motu proprio de Benoît XVI, pour organiser des séances de formation à la célébration de la forme extraordinaire. Aujourd’hui, nous avons trois prêtres sur lesquels nous appuyer : deux capucins et un diocésain. Aucun n’a été mandaté par son supérieur ou son évêque. Tous sont volontaires, motivés par leur amour pour la messe traditionnelle. À l’exception de l’évêque de Mayagüez, bienveillant envers la liturgie traditionnelle, tous les autres évêques sont soit indifférents, soit plutôt hostiles. Ici, nous sommes sous la juridiction de l’archevêque de San Juan. Pendant 10 ans, il a soigneusement évité de nous rencontrer et n'a même jamais répondu à nos demandes d’audience. Ce n’est que l’an dernier que j’ai eu, en compagnie d’un de nos prêtres, la possibilité de l’approcher lors d’un rendez-vous diocésain. Son langage et son attitude n’ont rien eu de paternel et il nous a confirmé son hostilité en nous disant que l’archidiocèse n’avait nul besoin de la liturgie traditionnelle et qu’il ne souhaitait pas que nous en fassions la promotion. Il nous a aussi donné une interprétation particulièrement tendancieuse du motu proprio, prétendant que Benoît XVI ne l’avait édicté que pour les fidèles déjà liés à l’ancienne liturgie et ne s’appliquait donc pas à ceux qui ne la connaissaient pas ! Bien que rejetés par notre pasteur, la Providence nous a offert ces prêtres qui n’ont pas eu peur de sortir du troupeau pour prendre soin de notre groupe de brebis abandonnées.
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) Depuis 2007 et la publication du motu proprio de Benoît XVI, la Fédération internationale Una Voce a été profondément renouvelée par l’émergence et l’adhésion de nombreux groupes qui, depuis les pays de l’Est jusqu’à l’Amérique centrale, lui ont donné un caractère véritablement universel. Cette expansion de la FIUV hors des frontières de la Vieille Europe et des grands pays de langue anglaise (Australie, États-Unis) est le reflet de l’adéquation entre la libération du missel traditionnel et l’existence d’une demande généralisée à tout l’orbe catholique. Cette demande est tout simplement celle de ceux que le cardinal Sarah a très justement désigné comme des "apatrides liturgiques" dans son message adressé aux participants aux journées liturgiques de Cologne (lire ici). Ces "apatrides liturgiques" sont ces nombreux fidèles qui, au cours des dernières décennies, « ont été malmenés, voire profondément troublés par des célébrations marquées par un subjectivisme superficiel et dévastateur » au point de s’éloigner de la liturgie dominicale quand ce n’est pas de l’Église elle-même, privés qu’ils étaient de ce que Mons. Klaus Gamber appelait leur heimat, leur « petite patrie » liturgique.

2) La liturgie traditionnelle avait disparu de Porto Rico comme elle avait disparu de tous les pays où la hiérarchie ecclésiastique exerçait encore après le Concile une autorité forte : sans faire de vagues. Sa renaissance, quant à elle, est un énième exemple de ce que peuvent la détermination et la persévérance des fidèles, surtout quand elles peuvent s’appuyer sur un petit noyau de prêtres courageux et convaincus.

3) Le tableau que dresse Edgardo Juan Cruz Ramos de la situation religieuse « dévastée » de Porto Rico est particulièrement sombre. En fait, sous des couleurs locales différentes, le désastre est universel : églises vides en Occident, misère liturgique carnavalesque en Amérique latine, théologie de la libération de la seconde génération en Inde ; dégradation et quasi disparition du clergé ailleurs ; libéralisme ravageur partout. Cette faillite du post-concile, qui représente une crise de la Foi sans précédent, se traduit tout naturellement dans une liturgie anéantisée. On a remarqué qu’Edgardo Juan Cruz Ramos souligne que les prêtres qui célèbrent la nouvelle messe de façon digne et respectueuse apprécient la forme extraordinaire. À Porto Rico, comme en France, comme ailleurs, l’alliance de cette frange de l’Église encore « classique », d’une part, et du monde traditionnel, d’autre part, sera décisive pour sauver ce qui peut encore l’être et pour repartir vers une nouvelle étape de la mission de l’Église. C’est bien pourquoi les prises de position du cardinal Sarah, qui vont dans le sens de cette nécessaire « union des forces vives », sont si importantes à considérer.

4) Edgardo Juan Cruz Ramos est arrivé à la liturgie traditionnelle par le biais d’une organisation de chevalerie reconnue comme association de fidèles de droit diocésain dans l’archidiocèse de Sienne, en Toscane. Autant l’univers de la chevalerie, en particulier d’inspiration templière, peut parfois susciter la perplexité et inciter à une saine prudence, autant la Militia Templi jouit en Italie d’une excellente notoriété, aussi bien pour son travail culturel que social. Quant à la préférence liturgique de l’association, outre à la célébration de la forme extraordinaire dans leur chapelle, elle se manifeste tous les ans à travers la participation de ses membres, et notamment de ses scouts, à la procession solennelle du pèlerinage international Populus Summorum Pontificum.
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(1) Le P. Harrison avait été appelé à enseigner à l’Université Pontificale de Ponce par l’évêque du lieu, Mgr Juan Fremiot Torres Oliver, d'esprit très traditionnel.

(2) Don Cancio Ortiz de la Renta, fidèle portoricain fondateur d’une association pour la renaissance de la messe latine traditionnelle : voir notre lettre 580.

[Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter] Spectacle de désolation

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter - mars-avril 2017

Avec les campagnes électorales successives, nous assistons aujourd'hui à un spectacle de désolation. Tandis que des affaires nauséabondes éclatent à chaque instant, que fusent les invectives, chaque candidat essaie d'éviter le naufrage électoral grâce à un « coup médiatique », au ralliement d'une personnalité, à un discours tonitruant. Pourtant, dans un monde compliqué, dangereux, angoissant, où règnent l'insécurité, le chômage, le délitement de la vie sociale, il serait urgent de tracer une voie claire, sage, possible et efficace.

Pourquoi ce chaos politique en un moment crucial ? C'est que le matérialisme a tout envahi, engloutissant le bien commun de la société « dans les eaux glacées du calcul égoïste ». La surabondance des biens matériels a rongé comme un acide les relations humaines, enfermant chacun dans son petit univers ou, tout au plus, dans son groupe, dans sa « bulle » personnelle : le spectacle massif et affligeant, dans les transports, de ces personnes coupées de leurs voisins par des écouteurs et pianotant frénétiquement sur leur téléphone sans regarder autour d'eux est une triste parabole de la société actuelle. Individualisme dont la source est clairement le protestantisme, primat de l'économique et « consommation » sont finalement les vraies valeurs contemporaines, au détriment de celles qui ont animé notre cher vieux pays durant de nombreux siècles.

Le bien commun temporel (dont le sommet est la vertu), objet propre et premier de l'action politique, est délaissé par les hommes politiques, aussi bien que par ceux qui les élisent, parce que le bien commun suprême, naturel d'abord, mais encore plus surnaturel, à savoir Dieu, est oublié, pire encore omis de façon systématique par la prétendue laïcité, voire combattu ouvertement. Un quotidien n'hésitait d'ailleurs pas à titrer récemment son éditorial (Libération du 23 mars) : « Il est temps de tuer Dieuet la patrie. » Le contenu ne déparait pas cette annonce : « notre combat contre Dieu », « notre mission première de créer un monde sécularisé », « éradiquer les références religieuses de toute notre législation ». Et l'éditorialiste concluait : « Nous devons trouver des moyens de tuer leur Dieu et de tuer leur amour pour leur patrie.»

Bien sûr, les politiques font semblant de ranimer le cadavre de la vie politique lors des joutes électorales. Mais cela ne signifie plus rien, car chacun n'a qu'un seul désir : être élu pour profiter de la place, ou élire celui qui fera avancer ses intérêts personnels.

Au milieu de tout cela, hélas !, l'Église « officielle » est muette, inexistante, alors que la religion est évoquée à tout bout de champ, mais pour l'attaquer, la diffamer. Les seuls moments où cette Église « officielle » s'exprime sont presque seulement ceux où elle hurle avec les loups. Personne, en particulier, ne prêche la doctrine sociale et politique de l'Église, qui serait si efficace pour notre société en crise.

D'où vient ce grand malheur naturel et surnaturel qui nous frappe et menace de nous anéantir ? D'un châtiment de Dieu ? Hélas ! ce serait un moindre mal. Quand Dieu châtie, sa correction est toujours accompagnée de miséricorde. Mais parfois, quand les hommes ont accumulé trop de péchés, quand ils ont trop abusé de sa miséricorde, quand ils se sont trop longuement détournés de lui, alors Dieu les abandonne pour un temps à eux-mêmes, à leur folie, à leur méchanceté, à leur aveuglement. Châtiment plus terrible que la foudre, le tonnerre, les tremblements de terre, les épidémies, les guerres.

Faut-il alors que nous baissions les bras ? Que nous désespérions ? Certainement pas ! Sans doute, nos moyens humains d'action sont fort limités, et nous ne pouvons prétendre changer d'un coup de baguette magique le cours politique et moral de nos sociétés. Mais nous pouvons travailler à préparer une renaissance chrétienne, en agissant pour Dieu et avec Dieu là où nous sommes, dans le cadre de notre devoir d'état, pour nous-mêmes (notre sanctification, tout simplement), pour nos familles, pour les sociétés (entreprises, associations, etc.) dont nous avons la charge et, dans la mesure des possibilités, pour la cité, dans la politique, en servant le bien commun et en travaillant, avec la grâce de Dieu, à reconstruire à petit bruit la chrétienté.

Abbé Christian Bouchacourt +, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[Abbé Couture, fsspx - District du Canada - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] L’Église occupée

SOURCE - Abbé Couture, fsspx - District du Canada - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - avril 2017

Quand Notre-Dame de La Salette annonce une éclipse de l’Église, elle annonce qu’une entité mystérieuse voilerait la véritable Église et chercherait à recevoir les honneurs dus à la véritable Église. C’est ce qu’est une éclipse : vous regardez le soleil, et vous voyez la lune devant elle. Cette entité étrangère qui éclipse actuellement l’Église est sans aucun doute ce qu’on appelle l’Église Conciliaire.

À partir des années 1960, dans ses lettres, soeur Lucie de Fatima utilisa l’expression « désorientation diabolique », comme signifiant cette bataille finale entre le diable et Notre-Dame. Cette désorientation, précise soeur Lucie, se manifestera par de fausses doctrines et par l’aveuglement, jusqu’aux échelons les plus élevés de l’Église.

Nous pourrions comparer cette éclipse, cette désorientation diabolique, à une sorte de possession diabolique. Le mot est très fort, comme d’ailleurs les paroles mêmes de Notre-Dame à La Salette et à Fatima, mais pour ceux qui ont été témoins d’un véritable exorcisme, l’analogie est vraiment au point.

Certains de nos prêtres d’Asie et d’ailleurs ont dû accomplir des exorcismes solennels au cours de leur ministère. Un cas en Asie consistait en celui d’une dame qui donnait tous les signes classiques d’une vraie possession diabolique : connaître des langues étrangères, comprendre le latin par exemple, et connaître des choses vraiment impossibles à savoir pour elle. Quand le prêtre lui demanda en latin : « Quot estis ? (Combien êtes-vous ?) », elle répondit avec colère dans son propre dialecte : « Quinze ! » Dans une autre séance d’exorcismes, puisqu’il y en a eu beaucoup au fil des ans, un médecin était présent. Il a vu comment cette pauvre dame était littéralement « occupée », « possédée » par d’autres esprits mauvais. L’un d’eux parlait parfaitement anglais (alors que la dame le connaît à peine), un autre démon parlait dans le dialecte des sorciers de villages de montagne éloignés. C’était un corps occupé par beaucoup d’âmes (ou de mauvais esprits ?). Le docteur commenta plus tard : « Les symptômes présentés par cette femme si gentille, s’expliquant par sa voix si douce, ne se rapportent à aucune classification, à aucun tableau clinique décrit à ce jour par la littérature médicale ».

La confesser et lui donner la sainte communion était un défi. Pendant longtemps, elle ne pouvait pas assister à la messe tridentine de peur de réactions violentes, alors elle restait dans une pièce de la maison voisine. Elle faisait sa confession par écrit, et, pour la sainte communion, on la voyait lutter pour ouvrir sa bouche juste assez longtemps pour laisser le prêtre mettre l’hostie sacrée sur sa langue. Puis une réaction violente suivait comme si elle avait avalé quelque chose qui brûlait. Le docteur rapporte une phrase presque banale de l’un des assistants qui en dit long : « Ce qui se passe avec cette femme n’arrive pas quand elle assiste au Nouvel Ordo de la Messe ». (Cahiers Saint-Raphaël, n. 88, septembre 2007, p. 30)

Parfois il faut beaucoup d’exorcismes pour délivrer une âme du démon. Aux dernières nouvelles, elle peut maintenant assister à la Sainte Messe et recevoir la sainte communion au banc de communion comme tout le monde.

Un cas de possession diabolique comme celui-là nous aide à comprendre ce qui se passe dans la Sainte Église aujourd’hui. En 1975, un excellent livre français a été publié par Jacques Ploncard d’Assac, intitulé L’Église occupée. C’est exactement comme cette pauvre femme asiatique : dans son corps il y avait beaucoup d’esprits qui luttaient les unes contre les autres. Et quand le démon prenait le contrôle, la vraie âme était impuissante. Elle pouvait entendre et voir tout ce qui se passait, mais ne pouvait pas l’arrêter. Cependant, avec les exorcismes répétés, elle devint visiblement plus forte contre le mal. Elle admit que la récitation du rosaire en latin augmentait beaucoup son courage.

L’Église présente aujourd’hui les mêmes signes. Bien qu’il n’y ait qu’un seul corps, une seule structure, il semble y avoir différents esprits luttant pour le contrôle de ce corps. En regardant la dame possédée pendant l’exorcisme, on pouvait dire : c’est vraiment elle, c’est son corps mais ce n’est pas son âme qui parle. Il en est de même pour l’Église : nous ne pouvons pas dire : « Cela n’est pas l’Église ! » Non, le corps est toujours là, bien que la voix ne soit pas celle de l’Église. En 1965, Mgr Lefebvre a parlé de cette mystérieuse occupation de l’Église dans sa dixième intervention lors du Concile Vatican II.

« Cette constitution pastorale n’est ni pastorale, ni émanée de l’Église catholique : elle ne paît pas les hommes et les chrétiens de la vérité évangélique et apostolique et, d’autre part, l’Église n’a jamais parlé ainsi. Nous ne pouvons pas écouter cette voix parce qu’elle n’est pas la voix de l’Épouse de Christ. Cette voix n’est pas la voix de l’Esprit du Christ. La voix du Christ, notre Berger, nous la connaissons. Celle-ci, nous allons l’ignorer. Le vêtement est celui des brebis; la voix n’est pas celle du berger, mais peut-être celle du loup. J’ai dit. » (J’accuse le Concile)

Ceci ressemble fortement à une possession diabolique.

Permettez-moi de terminer cette lettre avec la prière que Notre-Dame a elle-même enseignée le 13 janvier 1864 à un serviteur de Dieu, le Père Louis Cestac, fondateur de la Congrégation des Servantes de Marie (+1868) qui lui demandait une prière pour combattre le diable. Le moment était venu de l’invoquer comme la Reine des Anges et de lui demander d’envoyer les Saintes Légions pour combattre les puissances de l’enfer.
« Auguste Reine des Cieux, Souveraine Maîtresse des Anges, Vous qui, dès le commencement, avez reçu de Dieu le pouvoir et la mission d’écraser la tête de Satan, nous Vous le demandons humblement : envoyez vos légions célestes pour que, sous vos ordres et par votre puissance, elles poursuivent les démons, les combattent partout, répriment leur audace et les refoulent dans l’abîme. “Qui est comme Dieu ?” Ô bonne et tendre Mère, Vous serez toujours notre amour et notre espérance! O divine Mère, envoyez les Saints Anges pour me défendre et repousser loin de moi le cruel ennemi ! Saints Anges et Archanges, défendez-nous, gardez-nous! » (300 jours d’indulgence, saint Pie X, 8 juillet, 1908)

21 avril 2017

[fsspx.news] Une nouvelle maison autonome pour la FSSPX

SOURCE - fsspx.news - 21 mars 2017

Vu le développement de l’apostolat de la Fraternité Saint-Pie X en Amérique du Sud, et en raison des spécificités linguistiques et culturelles du plus grand pays catholique du monde, le Brésil est érigé en Maison autonome, depuis le dimanche 19 mars 2017.

Conformément à ses statuts, l’apostolat de la Fraternité est organisé en plusieurs districts ou maisons autonomes, qui sont des districts en formation. Le Brésil compte actuellement trois prieurés ; il acquiert désormais l’autonomie et sera dirigé par l’abbé Juan-Maria de Montagut, actuel prieur à Sao Paulo, où résident quatre prêtres. Le premier prieuré de la Fraternité au Brésil a été ouvert en 2001 à Santa Maria, dans la province de Rio Grande do Sul. Le prieuré Imaculado Coração de Maria accueille trois prêtres en charge du ministère dans la région.

La Fraternité développe aussi son apostolat dans l’Etat de Rio de Janeiro, où le Prieuré São Sebastião a été ouvert en 2014. Dans la banlieue de Rio également, Dom Laurent Fleichman, moine bénédictin, dirige un centre important à Niterói. (Source : DICI)